COLLEGE JEAN MONNET - THEATRE ALLEMAND

Depuis 2017, le partenariat entre Alice Lucas, professeure d’allemand, et Mathieu Lebot Morin s’est construit comme un véritable fil de confiance au sein du Collège Jean Monnet. Au-delà d’un cadre pédagogique, il s’agit d’une collaboration patiente, solide, où le théâtre devient un terrain d’apprentissage vivant de la langue allemande.

Un autre élément essentiel marque cette aventure : sa dimension fédératrice. Grâce à l’impulsion d’Alice Lucas, les projets s’ouvrent régulièrement à d’autres enseignants qui y trouvent un écho direct avec leur discipline. Selon les années, les professeurs d’arts plastiques, d’histoire-géographie ou de français rejoignent le processus, chacun à leur manière. Ce tissage pédagogique donne au travail une profondeur qui dépasse la seule classe d’allemand et fait circuler le projet dans l’ensemble du collège.

Le fonctionnement lui-même en témoigne :

• de septembre à décembre, les élèves écrivent en allemand, avec Alice Lucas, les scènes qui formeront la colonne vertébrale du spectacle ;

• en parallèle, les professeurs de français accompagnent leurs classes dans une écriture complémentaire en français, nourrie de la thématique ou de l’œuvre étudiée ;

• à partir de ces matériaux, Mathieu Lebot Morin construit un montage scénique qui réunit les deux langues ;

• et dès janvier, commencent les répétitions menant à la restitution de fin d’année.

Pendant plusieurs années, cette dynamique a été portée par un partenariat précieux avec le Théâtre de la Croix-Rousse, alors dirigé par Jean Lacornerie. Les élèves y présentaient leurs créations dans le studio du théâtre, accompagnés par un technicien lumière. Une expérience unique qui a profondément marqué l’identité artistique du projet. Lorsque la direction du lieu a changé, ce soutien n’a pas été reconduit, et il a fallu repenser l’accueil des restitutions.

Le collège s’est alors mobilisé avec beaucoup de bienveillance. Le réfectoire est devenu un espace de répétition et de représentation, grâce à l’accueil chaleureux et attentif des équipes qui y travaillent. Leur disponibilité, leur souplesse et leur soutien discret rendent chaque projet possible et méritent d’être salués.

Au cœur de cette aventure, une conviction demeure : la langue vivante se révèle pleinement lorsqu’elle est vécue sur un plateau. Jouer, dire, écouter, respirer, imaginer… Les projets menés chaque année offrent aux élèves un espace d’expression où l’allemand et le français circulent autrement, portés par le corps, le groupe et le plaisir de créer ensemble.

DES PROJETS QUI OUVRENT LE REGARD, LA LANGUE ET LE PLATEAU

Au fil des ans, plusieurs créations marquantes ont façonné l’identité artistique du partenariat entre Alice Lucas et Mathieu Lebot Morin. Chacune a offert aux élèves un territoire singulier, une dramaturgie différente, et une manière d’entrer dans la langue allemande par l’expérience du plateau.

Un élan inaugural autour de Brecht

Le premier projet, inspiré de L’Opéra de quat’sous, fut un véritable laboratoire polyglotte regroupant deux classes et trois langues (allemand, français, portugais). Les élèves y ont expérimenté la force du théâtre choral, la circulation entre les idiomes, et la capacité qu’a la scène de tisser des liens entre cultures. Ce geste initial a posé les bases d’une méthode de création plurielle et exigeante.

Charlotte Salomon : quand l’image devient texte

Le projet consacré à Charlotte Salomon s’appuyait sur son cycle autobiographique Vie ? ou Théâtre ?. Les élèves ont traversé ses gouaches, sélectionné des images et écrit des textes en dialogue direct avec son œuvre. Les scènes jouées se déployaient face aux projections des peintures, révélant un théâtre où les corps, les mots et les arts plastiques construisaient une narration sensible et profondément poétique. La professeure d’arts plastiques s’est naturellement associée au projet, donnant lieu à une approche transdisciplinaire particulièrement riche.

Les rêves dansants : l’apprentissage par le mouvement

Avec Les rêves dansants de Pina Bausch, les élèves ont abordé la langue à travers un engagement physique intense. Reprises chorégraphiques, texte parlé en allemand, construction de séquences dansées : ce travail a ouvert une autre manière d’habiter la scène, où l’écoute, le rythme et la précision du geste deviennent des acteurs à part entière.

La Révolution silencieuse : une page d’histoire incarnée

À partir du film de Lars Kraume, les élèves ont embrassé la question de la résistance en RDA, de la solidarité et de l’engagement politique. Ce projet a fédéré plusieurs disciplines : l’allemand, l’histoire-géographie, mais aussi l’éducation civique. Ensemble, ils ont composé une forme scénique qui résonnait avec leur âge, leur époque et leurs interrogations.

Résis’Tanz : mémoire lyonnaise et puissance du geste

Cette création rendait hommage aux résistants lyonnais Lucie Aubrac, Jean Moulin et Raymond Aubrac. Le projet mêlait écriture, recherche documentaire et mouvement, pour donner naissance à une forme chorale où les corps racontaient autant que les mots. Un travail sobre, sensible, où le geste devenait porteur de mémoire.

Les créations plus récentes : tragique, fragments et exil

Au fil des saisons, trois projets récents ont prolongé cette dynamique.

– Faust a offert un terrain d’exploration du tragique, des figures du pacte et du vertige moral.

– Grand Peur et Misère du IIIe Reich a permis d’aborder la structure du montage brechtien, le travail du chœur et la puissance politique d’un théâtre fragmenté.

– Je tangue entre deux rives a ouvert un espace d’écriture où les élèves interrogeaient l’exil, la frontière intérieure et la langue comme territoire intime et mouvant.

Quel que soit le thème, ces projets ont tous un point commun : offrir aux élèves un cadre où la langue allemande devient vivante, respirée, jouée, incarnée. La restitution finale n’est jamais un simple “exposé de fin d’année”, mais un moment où familles, professeurs et camarades découvrent les élèves sous un autre jour, dans une présence scénique dont ils n’avaient souvent pas idée.

Créer, c'est se rencontrer.

Professionnels ou amateurs, chaque voix compte, chaque présence compte.
Ouvrons ensemble un espace de création.